« Très bien, je vais vous dire où il est. »
Hydromelle sourit. C'était une très bonne journée.
Le prêtre lui indiqua une ville marchande où beaucoup de nains se donnaient rendez vous pour vendre leurs marchandises et boire dans les tavernes réputées de là-bas. La ville se nommait Giran. La jeune naine pensa alors qu'elle venait vraiment de loin, puisqu'elle ne connaissait même pas cet endroit. En même temps elle était heureuse car là bas, si beaucoup de nains se donnaient rendez-vous, elle pourrait rencontrer des forgerons expérimentés et des chasseurs de matériaux qui lui donneraient sûrement quelques conseils.
Les yeux emplis de rêve, elle sortit du temple, et retrouva Donnell et Crystalia qui discutaient là. Ils étaient accompagnés d'un drôle de personnage immense et tout vert. Sûrement ce qu'on appelait un orc. Ce personnage lui fit peur et elle n'osa pas approcher. C'est Crystalia qui l'interpella, lui présentant l'orc. Mathaius était son nom, il accompagnait Donnell dans ses combats depuis longtemps. Comme l'humain était archer, c'est lui qui maintenait les monstres au corps à corps pour ne pas blesser son compagnon, usant de sa rage de berserker pour tuer sans compter.
Impressionnée, Hydromelle regarda l'orc avec attention. Soudain elle eut une idée et sortit une bouteille de bière de son sac, qu'elle lui tendit. L'orc sembla joyeux et but l'alcool à une vitesse déconcertante. Alors comme ça les orcs aussi étaient clients des tavernes. C'était bon à savoir. Si un jour elle retournait à l'hydromellerie de ses parents elle ferait des provisions.
Ils se mirent en route. La jeune naine encore nouvelle dans leur confrérie n'osa pas de suite aborder le sujet de la ville marchande. Pourtant sa seule envie était d'aller là-bas. Elle voulait connaître le monde, elle qui sortait de sa mine.
Ils marchèrent en direction du sud et elle les suivit. Ils parlaient de monstres ayant l'air tous aussi répugnants les uns que les autres. Des sangsues géantes, des bêtes des marais, des guêpes empoisonneuses... La jeune forgeronne tremblait alors de peur. Donnell la rassura en lui disant que sur ces bêtes elle pourrait trouver de quoi fabriquer des objets utiles pour le groupe. Elle ne fut pas rassurée mais il fallait qu'elle apprenne à se défendre.
L'apprentissage fut long et douloureux. Le groupe resta plusieurs mois dans les marais de Cruma, elle les suivait, portait des potions et des capsules de force pour leurs armes. De temps en temps un court passage en ville lui permettait d'apprendre de nouvelles compétences et de racheter du matériel. Elle apprit lentement à fabriquer des matériaux de base et en faisait au fur et à mesure que ses compagnons lui donnaient ce qu'ils trouvaient en fouillant les cadavres. Cette opération la dégoûtait encore, alors elle restait dans son coin et fabriquait sans cesse. Peu à peu elle acquit de l'expérience et sa satisfaction séchait les petites larmes qu'elle versait quand elle était trop fatiguée.
Le village le plus proche se nommait Dion. A part son village de nains et le village des elfes, c'était le seul endroit qu'elle connaissait. Un jour qu'elle se reposait en ville, assise dans l'herbe près du temple d'Einhasad, elle vit une petite naine, à peine plus âgée qu'elle. Elle se risqua à lui adresser la parole, bien que Crystalia n'aimât pas trop qu'elle parle avec les étrangers au clan.
« Bonjour, chère s½ur. Tu chasses les monstres de Cruma toi aussi ?
- Oui, je fais une quête que m'a donnée un mage en ville pour fabriquer une potion.
- Une potion ?
- Oui. Et la récompense est bien intéressante en adena.
- Pas en expérience ?
- Si, il faut tuer beaucoup de monstres, alors on gagne en expérience. Et puis je trouve beaucoup de matériel.
La jeune naine souriait. Elle avait l'air heureuse de faire le métier qu'elle faisait.
- Connais-tu Giran, la ville marchande ?
- Bien sûr. Parfois je vends mes matériaux là bas ou je demande les services de forgerons. Tu vois cette personne devant l'église ? Parle-lui, elle t'y emmènera avec sa magie. »
Elle aurait bien voulu. Elle s'approcha de la dame en question et vit la naine disparaître comme par enchantement. Seulement Crystalia revenait de la guilde des guerriers suivie de Donnell et Mathaius. Il fallait repartir.
Leurs pas les menèrent à présent vers les plaines est de Dion, là où trainaient des morts-vivants exécutés. Ils s'arrêtèrent sur le chemin, où ils récoltèrent des graines sur des plantes, puis continuèrent vers les plaines des morts-vivants. Le ciel s'assombrissait à chaque pas et Hydromelle avait peur. La récolte de graines lui avait plu, mais en aucun cas elle ne voulait avoir affaire à un mort-vivant. Elle se souvenait de son combat difficile dans la grotte près du village des elfes, elle ne voulait pas être mortellement blessée à nouveau.
Elle aperçut sur le côté de la route une construction imposante et étrange, au milieu de laquelle une galerie avait été creusée par l'homme et recouverte de dallages. Cette galerie était remplie d'eau rougeâtre. Elle serra son arme et ramena son bouclier vers elle.
« C'est une catacombe, lui dit Donnell. Là dedans il y a également des morts-vivants mais nous avons besoin de plus d'expérience pour nous y rendre. »
Elle acquiesca. Son chef avait remarqué son appréhension et tentait de la rassurer. On lui avait toujours dit que les humains étaient belliqueux et imbus d'eux-mêmes. En voir un qui n'était pas ainsi l'étonna. Ont-ils un fond pacifique et aimant ? Elle était pressée de voir la ville pour savoir si tous les humains étaient identiques à son chef.
Ils étaient arrivés. Un vent glacial frappa leurs visages et un nuage de brouillard brouilla leur vue. Il fallait se préparer à se battre contre l'inconnu et l'indicible. Elle distribua les potions et les capsules. Ils en auraient besoin. Comme à son habitude, elle garda le minimum pour elle et en donna le maximum à Crystalia qui devait tenir les monstres, Donnell qui se battait à distance, et Mathaius qui avait besoin d'une grande force d'arme pour survivre à sa rage de berserker.
Elle donnait des petits coups de hache par endroits, là où les autres se battaient, et continuait à forger des matériaux de base. Elle savait que si elle aidait bien son clan elle aurait l'occasion de porter une armure plus résistante. Avant cela, elle devait rester en arrière.
Seulement, ses compagnons furent vite débordés : elle vit plusieurs monstres se jeter sur eux, et leurs forces réunies ne suffisaient pas. Elle décida alors d'utiliser le peu de capsules de force qu'elle portait, et se mit à frapper un des morts-vivants. C'est alors que la brume se dissipa et lui permit de voir la chose hideuse. Une terreur sans nom s'empara de la naine tandis qu'elle entendait un râle affreux sortir d'une énorme bouche squelettique, entourée d'un visage décharné et encore sanglant. Le monstre était enchaîné et tentait de la frapper à l'aide d'une boule à pique qui tenait ses chaînes. Elle garda son bouclier devant elle pour être touchée le moins possible, mais les coups répétés l'abimèrent tellement qu'elle se retrouvrait bientôt sans défense. Elle frappait le plus fort qu'elle pouvait, afin de se débarrasser de l'immondice avant que ses armes et son armure ne soient brisées. Elle pensait à ses compagnons la disputant car elle avait encore cassé son matériel, elle rêvait à une armure de meilleure qualité. Seulement, les forces lui manquaient et le temps n'était plus au rêve. La bête tenait, la bête, elle, ne faiblissait pas. La douleur devenait trop forte, le bouclier lui lâcha et son armure commença à être sévèrement touchée. Seule son arme pouvait encore frapper. Surmontant son mal, elle donna un coup de hache, puis deux. Elle vit le sang couler de ses épaules entaillées, elle vit la bête sourire de sa mâchoire dégoulinante de bave, elle entendit à peine la flèche de Donnell percer le vent et achever le monstre. Ses oreilles n'entendaient déjà plus rien, ses yeux s'étaient fermés et elle tombait dans la boue.
Elle ne verrait jamais la ville.